Chapitre I : La Rupture.

Chapitre I : La Rupture.

__Allongée à ses côtés, j'entendais le rythme de sa respiration lente et saccadée. Je me remémorais les moments que j'avais passé près d'elle. Ceux que j'aimerai de nouveau partager avec, une personne si chère à mes yeux, et pourtant si éloignée de mon coeur ces temps ci. Je n'osais plus la regarder, mes yeux embués de larmes ne semblait plus vouloir m'obéir. Déjà trois mois, que l'on m'avait déclaré le pire, l'impensable, l'irréel. Une maladie. Sa maladie. Cette maladie qui ravageait le monde entier, une pandémie comme le disait les informations quotidiennes. Aucun remède. Aucune solution, juste une date approximative de fin de vie. Oui. C'est horrible de savoir quand est-ce que la maladie frappera son dernier coup, et attendre chaque seconde, comme si elle devait être la dernière. Encore et toujours espérer que la pendule s'aretterait pour laisser un instant de répis à ce monde dévasté. J'ai si mal pour elle, elle est si fatiguée, si désespérée à l'idée de savoir que sa durée de vie ne tenait plus qu'à quelques jours, quelques heures, voire bien pire. Elle attendait le moment impatiemment, sa souffrance était bien trop insurmontable. La nuit, à ses côtées, je la voyais pleurer, et même crier de douleur au réveil. Le personnel médical ne pouvait plus rien y faire, plus rien.



__Soudain, mes besoins d'humain me réveillèrent de cette méditation personnelle. Retour brutal. Durant quelques minutes je dus m'accorder des moments d'humanité. Boire, manger, respirer. Ces actions banales qu'un malade ne peut plus faire de manière autonome. En rentrant dans la chambre, je me dirigeai vers le lit, laissé libre pour l'occasion, près de ma soeur. Ma jumelle, elle qui réussisait tout de sa vie. J'aurais voulu être à sa place, moi qui était loin de réussir ma vie comme elle. Le sort en a malheureusement décidé autrement. À seulement dix-huit ans et trois jours, ma soeur clouée au lit, condamnée, attendait la douce lumière du paradis. Tandis que moi, je patientais, guettant le moment où la douleur disparaitrait de son corps, pour n'être que tristesse dans le mien. Emergeant de mes pensées, je ressenti une douleur dans mon abdomen. Son souffle s'était aretté, son pouls ralentissait, sa douleur s'évanouissait. Prenant mon courage à deux mains, je lui lança un dernier regard avant de m'effondrer et de sombrer dans le noir profond. Un sourire était dessiné sur les lèvres de son visage angélique. Comment le destin nous avez-t-il ammené jusqu'à ce jour?

__Un an plus tard, ma tendre soeur jumelle, Alicia, me manquait toujours autant, son sourire radieux manquait à ma vie. Sa bonne humeur légendaire n'étais plus là pour me remonter sans cesse le moral. Un moral cassé depuis des mois. Elle m'avait laissée... Le destin me l'avait arrachée, non pas brutalement, mais lentement, une rupture longue, beaucoup plus difficile. Du haut de mes dix neuf ans, je n'avais pas encore un avenir tracé. Je n'avais aucun diplôme, et le système scolaire se foutait totalement de mon cas. Je faisais partie de la catégorie des exclus. Ceux pour qui l'ont n'a pas adopté le monde, ceux dont la vision n'est pas apprécié par le reste de la population. Moi. Grande mince au cheveux brun, aux yeux emeraudes, rien de très exceptionnel à vrai dire, et pourtant, ma soeur jumelle possédait les mêmes caractéristiques à peu de chose près. Sauf qu'elle, elle n'était pas squelletique, ni appellée la "dépressive" par la moitié de la ville. Je ne faisais rien de mes journées, mais je travaillais la nuit. Dans un bar peu fréquenté d'un quartier Lyonnais, sans l'aide de ma meilleure amie, j'avais je n'aurai pu rêver trouver cet emploi, aussi temporaire soit-il.
- Juliette ! cria une voix féminine.
- Oui ? répondis-je tout en cherchant la personne qui m'appellait.
- Que fais-tu assise par terre ? demanda Eva, ma meilleure amie.
- Et toi que fais-tu ici ? rétorquai je , n'ayant pas de réponse a sa première interrogation.
- Joue pas à ça avec moi, je te connais ! Ne me dis pas que tu t'es encore soulée ?!
- Je... non pas du tout ! Je suis pas si folle pour me laisser dépérir sur le trottoir...
- Je n'y crois pas, allez viens je te ramène chez toi ... conclua Eva en me prenant la main.
Je n'avais pas réellement envie de rentrer chez moi, c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle j'étais assise au coin d'une rue, les passants me reluquaient se demandant si j'étais sans domicile, mais aucun n'avait le regard remplit de compassion. Eva, quant à elle, était sans cesse présente pour me rattraper, m'éviter la chute. Elle me relevait de force s'il le fallait, elle m'enfermait parfois des heures pour me desoûler, elle m'obliger à lui révéler mes souffrances les plus profondes. Eva, celle qui aujourd'hui me tenait en vie. Combien de temps cela durera-t-il encore ?

__Soudain, mon amie s'arreta, nous étions désormais devant le HLM où j'habitais, enfin où nous habitions car Eva était ma voisine. Je savais pertinemment qu'elle craignait de voir, une nouvelle fois, mes parents se quereller violemment lorsqu'elle pousserait les portes de l'appartement pour m'y emmener. Nous montâmes les marches d'un pas plutôt lent, l'ambiance était assez glauque. Eva n'osait pas parler, elle savait qu'elle venait de m'éviter une bonne cuite. Oui, je l'avoue si j'étais sur ce trottoir, non loin des bars c'est que je m'apprétais à me souler, depuis un an, boire était une de mes seules occupations, j'étais constamment à la rechercher d'un remède pour oublier mes douleurs. Et c'est bien connu, l'alcool nous fait oublier. Quand tout à coup la douce voix d'Eva vint troublé le chemin de mes pensées :
- Juliette ... soupira-t-elle, plantée au milieu des marches.
Silence.
- Je ne sais plus comment t'aider ... J'ai peur d'être inutile...
Silence.
- Juliette ça va?
Non ça n'allait pas, les mots étaient restés coincés au fond de ma gorge sans que je puisse dire à Eva à quel point elle était ma dernière chance de survie. Je ne sentais plus mes muscles, j'étais comme tétanisé. Mon coeur saignait, mon esprit appelait à l'aide, tandis qu'aucun son n'émanait de ma bouche. Un filet noir coula sur ma joue, les larmes perlaient sur mon visage, emportant avec elle le maquillage qui masquait ma laideur. Je pleurais vivement. Je m'assis sur une marche, et cacha ma tête entre mes mains. Je sentais un regard pesant, lourd de tristesse sur mon corp meurtri par le temps.Sans un bruit, Eva s'assit à côté de moi, elle passa d'un geste protecteur son bras sur mes épaules, et me chuchota "Je suis désolé pour toi ... pour Alicia. Sache que quoi qu'il arrive tu pourras compter sur moi" . Et mon coeur se brisa de plus belle, je ne voulais pas la faire souffrir, mais chaque jours qui passait je la voyais un peu plus triste que la veille, chaque fois elle souriait et m'affirmait que tout allait bien et que je devais m'occuper de moi, mais elle ? J'avais elle ne laissait transparaitre ses émotions. Je ne lavais jamais vu pleurer, je savais bien qu'elle était triste mais elle gardait le sourire, en partie pour me donner un peu de joie de vivre. Quelle idée de donner de la joie de vivre à une pauvre coquille vide...

__Au bout de quelques minutes, je releva la tête et vit qu'Eva me souriait. Je le lui rendis du coin de la lèvre, et nous continuâmes à monter, en direction du cinquième étage où nous résidions. Une fois arrivée à l'étage fatidique, des cris retentirent. Ma mère hurlait probablement de nouveau contre mon père.
- Tu sais Juliette, tu peux venir chez moi le temps que ...
- Non Eva, tu en fais beaucoup trop pour moi , lui dis-je en lui coupant la parole.
- Mais... commença-t-elle.
" ASSEZ ! ", sans même me retourner je reconnu la voix de ma mère, un bruit sourd se fit entendre dans les secondes qui suivèrent. La porte venait de claquer, ma mère était en larmes, une énorme valise à la main. À ce moment précis, je redevenais une petite fille qui avait peur pour ses parents, je comprenais sans vraiment me rendre compte des évènements. Ma mère partait. Elle quittait l'appartement. Lorsqu'elle me vit, elle eut un mouvement de recul, ce qui me ne me vexa pas. Je vis dans ces yeux un grand désaroi, j'étais persuadé qu'elle ne savait même pas où aller une fois qu'elle avait dépassé le palier de la porte. Sans un mot, j'avancais vers elle, celle qui m'a donné la vie, je m'approchais lentement et la pris dans mes bras. Les rôles semblaient inversés, je prenais le rôle protecteur de celle qui console et non de celle qui pleure. C'était bon d'être là, de se sentir utile pour une personne dans le besoin. Ce fut ma mère qui engagea le dialogue :
- Juliette, ma chérie, ne t'inquiètes pas, ton père et moi avons eu quelques différends... Ce n'est pas la première fois tu sais... Je vais aller chez Tatie Jeanne quelques jours le temps de régler la situation.
- Le temps de régler le divorce tu veux dire... lâchai-je, impitoyable.
- Je... Nous en parlerons plus tard ma chérie, répondit-elle hésitante.
- J'espère bien... j'espère bien.
Sans même se retourner, elle partit. C'est alors que je me rendis compte que ma meilleure amie venait d'assister à la scène, sans même parler, ni prendre le partie de quiconque. Elle était toujours là, toujours dans les mauvais moments malheureusement. Comment faisait-elle pour supporter le malheur des autres? Elle s'approcha lentement de moi, répétant les mêmes gestes que dans les escaliers, mais cette fois, je n'avais pas besoin d'aide ou plutôt, je n'en voulais pas. Je devais être forte, et seule dans mes problèmes. Avant même qu'elle ne parle, je pris la parole :
- Eva, laisse moi s'il te plaît.
- Non Juliette, vu ce qu'il s'est passé tu dois surement pas rester seule !
- Eva, laisse moi, répétai-je.
- Mais..
- LAISSE MOI, criai-je.
Silence. Je restai là sans bouger, tétanisée. Je venais de crier involontairement sur l'une des personnes que j'aimais le plus au monde. Nos regards ne se lâchaient pas, je n'arrivai pas à décrypter son expression. Qu'allait-elle faire ? Qu'allait-il se passer ? Elle partit. Sans un mot. Elle se retourna et dévala rapidement les escaliers comme pour me fuir. Je ne lui avais jamais parlé de cette manière. J'étais trop respectueuse envers elle, et elle le méritait. Je venais une nouvelle fois d'empirer ma situation. Je suis folle. Totalement Folle.

__Une fois rentrée chez moi, après une heure de réflexion dans le couloir, j'entrai lentement dans l'appartement de mon enfance. Aucun signe de vie, mes pas se firent plus rapides, je paniquais. Où était mon père ? Il n'était pas sorti de l'appartement. Il ne pouvait être qu'ici. J'entrai dans le salon, il faisait sombre, quelle heure était-il ? M'approchant un peu plus, je découvris une silhouette assise sur le sofa. Mon père. Il avait la tête entre ses bras, je cru l'entendre reniflai, avait-il pleuré ? Impossible ... J'étais tout le contraire de mon père à pleurer pour rien, tandis que lui jamais. Je ne voulu pas le déranger, il n'avait probablement pas besoin de sa dépressive de fille dans les pattes. Alors j'allais me réfugier dans la petite pièce qui me servait de chambre. Les murs était d'un rose saumon, ou rose délavé. Je détestais cette couleur, mais ma chambre niveau décoration était resté coincé dans les premières années de ma naissance. Sans réflechir, je m'allongea dans mon lit, pas très confortable, mais j'y étais bien. J'aurai aimé stopper le temps pour pouvoir soigner mes blessures. Oublier mon passé, et vivre le futur. Malheureusement les choses ne sont pas si simples. Les conséquences d'une Rupture sont si douloureuses.

# Posté le jeudi 18 décembre 2008 12:46

Modifié le vendredi 18 septembre 2009 17:58